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Le cycle de Pâques: fêtes et traditions

Les fêtes chrétiennes ancrées dans la tradition biblique et partagées par toutes les Eglises s’articulent en deux cycles.

Le cycle de Noël (avec l’Avent et l’Epiphanie) est inscrit selon le calendrier solaire: les dates sont fixes et ne tiennent pas compte des jours de la semaine.

Le cycle de Pâques dépend, quant à lui, d’un calendrier lunaire: le dimanche de Pâques est fixé au premier dimanche suivant la première pleine lune du printemps. En fonction de cette date, le Carême commence 40 jours avant Pâques (le Mercredi des Cendres), les Rameaux ont lieu le dimanche précédant Pâques, le Vendredi saint deux jours avant, l’Ascension 40 jours après et la Pentecôte est le “cinquantième” jour qui suit Pâques (un dimanche).

Précisons d’emblée que toutes ces fêtes n’ont pris que progressivement l’importance et la forme qu’on leur connaît aujourd’hui.

Mercredi des Cendres et Carême

Dès le IVe siècle, le dimanche correspondant au quarantième jour (en latin quadragesima dies, origine du mot Carême) avant le Vendredi saint marque le début d’une période pénitentielle de jeûne préparant la Semaine sainte. Ce chiffre fait référence aux quarante années de l’Exode et, surtout, aux quarante jours de jeûne dans le désert qui marquent le début du ministère de Jésus (Luc 4,1-2). L’usage voulait cependant que l’on ne jeûne pas les dimanches. Dès lors, pour que la pénitence corresponde bien à quarante jours effectifs, on en est venu à avancer le début du Carême au mercredi précédent, appelé Mercredi des Cendres. Le nom de cette fête vient d’une coutume instaurée au Xe siècle, qui veut que les prêtres marquent de cendres le front ou la tête des fidèles en disant: «Tu es poussière et tu retourneras à la poussière» ou «Convertissez-vous et croyez à l’Evangile». Les cendres sont un symbole de la misère physique et morale: allusion à la condition de pécheurs et de mortels des fidèles qui cherchent le pardon de Dieu.

Cette période de jeûne, qui consiste à “faire maigre”, c’est-à-dire à renoncer à la viande et aux graisses, est suivie essentiellement par les Eglises orthodoxes et catholiques, avec des prescriptions et des coutumes toutefois différentes. En revanche, les protestants, considérant que le jeûne n’est pas nécessaire pour obtenir le salut (la foi seule y conduit), ou que la pénitence du cœur suffit, ne pratiquent pas le jeûne du Carême, période qu’ils dénomment “temps de la Passion”.

Par ailleurs, certains ont choisi d’actualiser le Carême en en faisant un temps de solidarité avec les plus démuni-e-s et en organisant, souvent sur le plan œcuménique, diverses actions et manifestations (sous l’égide de l’Action de Carême pour les catholiques et de Pain pour le Prochain pour les protestants).

Carnaval et Brandons

Depuis l’Antiquité, les mois de janvier et février étaient l’occasion de nombreuses réjouissances païennes, dont certaines étaient reprises des Saturnales romaines. Célébrées en décembre, celles-ci commémoraient le retour de l’Age d’Or, cette période de paradis où les êtres humains vivaient dans l’égalité et l’abondance, sans contraintes ni distinctions sociales. Elles célébraient le règne de Saturne, dieu des semailles et de l’agriculture. Elles étaient la manifestation de la fête de la liberté (libertas decembris) et du monde à l’envers. Durant une semaine marquée par des repas plantureux et des orgies, les hiérarchies étaient abolies ou inversées: les esclaves devenaient les maîtres et les maîtres obéissaient aux esclaves.

L’Eglise a combattu ces débordements, en fixant notamment Noël à l’époque des Saturnales. Mais ces fêtes furent alors déplacées aux mois de janvier et février et se mêlèrent aux traditions de la fin de l’hiver (meurtre rituel et symbolique du bonhomme hiver, feux symbolisant la lumière renaissante).

De même, la coutume des masques de carnaval est issue à la fois des Saturnales (on modifiait ainsi les personnalités) et d’une autre coutume païenne qui voyait dans le solstice d’hiver une période propice au retour des ancêtres morts, dont les spectres (représentés par des masques démoniaques) devaient être exorcisés et apaisés par des offrandes.

Ces coutumes joyeuses et païennes se sont focalisées sur la période précédant immédiatement le Carême. Le Mardi gras (dernier jour avec viande) était parfois appelé Carnaval (du latin carne levare, ôter la viande), et ce mot a peu à peu désigné toute cette période de fête.

Si l’Eglise catholique a fini par tolérer, tout en essayant de les contenir, ces festivités dont le rôle social d’exutoire n’est pas négligeable, les protestants les ont combattues, tant au nom de la morale (les masques autorisaient toutes sortes d’orgies), que de la sécurité (risques d’incendies à cause des torches et des feux) et de la foi (lutte contre les survivances païennes). Le Carnaval et les Brandons (autre nom du Carnaval, de l’allemand Brand, feu, tison) ne se sont maintenus que dans quelques régions protestantes (notamment à Moudon et à Payerne dans le canton de Vaud).

Rameaux

Les quatre évangiles racontent l’entrée de Jésus dans Jérusalem (Matthieu 21,1-11; Marc 11,1-10; Luc 19,29-39; Jean 12,12-16). Acclamé comme un roi (ou un nouveau David), il est accueilli par des rameaux agités ou posés sur le sol.

La tradition de la fête des Rameaux remonte au moins au IVe siècle: les chrétiens de Jérusalem y “rejouaient” la scène, sur place, en une célébration joyeuse bientôt reprise dans tout l’Orient chrétien. A Rome, au contraire, l’accent était mis, en ce dernier dimanche de Carême, sur le mémorial de la Passion.

Cette fête marque en effet l’entrée dans la Semaine sainte. C’est pourquoi, l’Eglise catholique romaine, après le concile de Vatican II (1962-1965), a réuni les deux dimanches des Rameaux et de la Passion en un seul.

Dans la pratique catholique actuelle, on célèbre une messe durant laquelle on lit le passage relatant cet événement dans l’un des quatre évangiles. Puis les fidèles rapportent chez eux les rameaux bénis qui, dans la croyance populaire, sont réputés assurer la protection divine sur la maison.

Pour plusieurs Eglises protestantes, le dimanche des Rameaux est celui où ont lieu les confirmations ou les bénédictions de catéchumènes. Cette tradition n’a rien à voir avec l’accueil de Jésus à Jérusalem. Mais la cérémonie des Rameaux ouvre la Semaine sainte.

Vendredi saint

Le jour de la mort de Jésus est généralement célébré de manière sobre. Férié dans les cantons protestants, il est pour eux l’occasion d’un culte dont la liturgie est marquée par les récits évangéliques de la Passion de Jésus.

L’Eglise catholique, quant à elle, met l’accent sur la messe du jeudi soir (en commémoration du dernier repas de Jésus). En certains endroits (comme à Romont, dans le canton de Fribourg), des processions rappellent la montée du Christ à Golgotha, alors que les cloches et les orgues des églises restent muettes en signe de deuil. Dans les églises catholiques, on parcourt le chemin de croix dont les quatorze stations évoquent les principaux événements de la Passion.

Par ailleurs, le vendredi de chaque semaine rappelle la mort du Christ, raison pour laquelle on “fait maigre” ce jour-là dans la tradition catholique.

Pâques

La fête chrétienne de Pâques s’est greffée sur la fête juive de la Pâque (Pessah) commémorant la libération d’Egypte. Par sa mort sur la croix et par sa résurrection, les chrétiens ont vu en Jésus celui qui libérait l’humanité entière et ont fait de la fête de Pâques le cœur de leurs célébrations. Il est impossible de dire quand exactement la fête chrétienne a acquis son existence propre, mais il est certain qu’au milieu du IIe siècle elle était déjà la fête essentielle (voire unique) du christianisme, célébrée sous deux formes: celle, hebdomadaire, du dimanche et celle, annuelle, de Pâques.

Après de longs débats, le concile de Nicée (325) a fixé la fête de Pâques au dimanche après le 14 nizan (pleine lune qui suit l’équinoxe de printemps), soit entre le 22 mars et le 25 avril du calendrier romain. La mobilité de cette fête chrétienne s’explique par la différence entre le calendrier juif, qui est lunaire, et le calendrier usuel, qui est solaire. La réforme du calendrier romain (par Grégoire XIII, 1582) n’ayant pas touché les orthodoxes, ces derniers fêtent Pâques à une date différente des Eglises d’Occident.

Si la célébration religieuse de Pâques ne contient pas d’éléments agraires, des coutumes “annexes” (œufs, lapins), fort anciennes et d’origine païenne, la rattachent cependant au printemps.

L’œuf (vie qui sort du germe) symbolise le cycle de la nature, sa renaissance, voire son immortalité. L’interdiction de manger des œufs pendant le Carême a également donné de l’importance à leur réapparition sur les tables à Pâques.

Le lapin ou le lièvre, symboles de fécondité, sont, dès l’Antiquité, rattachés à la lune dans les traditions populaires. Et la lune, qui meurt et renaît périodiquement, est aussi symbole du cycle de la nature. Remarquons d’ailleurs que le mot allemand Ostern dérive de Ost et évoque le souvenir d’une fête pré-chrétienne du soleil levant et du printemps.

Ascension

Comme la Pentecôte, l’Ascension repose sur la base du seul témoignage de Luc (Luc 24,50-53 et Actes des Apôtres 1,1-12). Le quarantième jour après Pâques, un jeudi, a donc été consacré à la commémoration de la fin du ministère terrestre de Jésus et à sa montée au ciel pour régner «à la droite du Père».

La fête de l’Ascension ne comporte guère de traditions populaires spécifiques, exceptées peut-être les rogations (du latin rogatio, demande). Au cours de ces processions, on demande la bénédiction divine pour que les cultures et les entreprises humaines s’accomplissent. Officiellement, ces rogations ont disparu dans l’Eglise catholique au début des années soixante. Néanmoins, elles subsistent encore localement, surtout dans le monde rural, où il est d’usage de faire bénir les champs par un prêtre.

Pentecôte

Sept semaines après la Pâque, les juifs fêtent Chavouot (les semaines, en hébreu) ou, dans le judaïsme hellénistique, pentèkostè (le cinquantième [jour], en grec). D’abord agraire, cette fête a aussi un sens historique: elle commémore le don de la Torah à Moïse sur le mont Sinaï.

Selon le Nouveau Testament, c’est lors de la Pentecôte que les apôtres ont reçu le Saint-Esprit et commencé leur mission: l’Eglise, dès le IVe siècle, a donc commémoré à cette date sa propre fondation et la Nouvelle Alliance. Réinterprétées à la lumière de l’Evangile, les fêtes juives de l’Ancienne Alliance (la Pâque juive ou Pessah: fête de la libération d’Egypte, et Chavouot: fête du don de la Loi) sont devenues celles de la Nouvelle Alliance (Pâques: fête de la libération, et Pentecôte: fête du don de l’Esprit).

Comme pour l’Ascension, il n’y a pas de traditions populaires notables rattachées à Pentecôte.

Collectif Enbiro
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